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La presse grecque et l’engrenage de la diaploki

Oral Toğa25 mai 202615 min de lecture

La Grèce occupe la 89e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF). Dernière des 27 États membres de l’Union européenne, la Grèce se classe derrière la Hongrie et la Bulgarie. Depuis 2021, RSF constate une crise systémique de la liberté de la presse dans le pays. La concentration de la propriété entre les mains d’un petit nombre de holdings, les procédures SLAPP intentées contre les journalistes critiques du gouvernement et la répartition de la publicité publique en fonction de la loyauté politique sont les principaux volets de ce constat. En 2025, Mitsotakis a publiquement qualifié le rapport d’absurde et soutenu qu’il n’existait aucun problème de liberté de la presse dans le pays.

Le problème structurel qui sous-tend ce classement est désigné en grec par le terme de diaploki (διαπλοκή). Le mot se traduit littéralement par imbrication ou entrelacement. Dans le vocabulaire politique du pays, il sert toutefois à décrire le lien organique entre familles d’armateurs, entreprises de construction, clubs de football, banques et organes de presse. Au-delà d’une critique de la presse, la diaploki est le nom du mode de fonctionnement propre à la Grèce de la relation entre l’État, les affaires et les médias. Tout au long de cet article, ce cadre sera développé à travers différentes strates.

L’article examine les grandes lignes de la presse grecque selon cinq axes. Ces axes sont les grands groupes de presse et leurs structures de propriété, la télévision et la radio, l’écosystème numérique, la presse de gauche et alternative, la crise de la liberté de la presse et la dimension turque.

Contexte historique

La forme actuelle de la presse grecque est le produit de trois ruptures successives. La première est la période de la Metapolitefsi (Μεταπολίτευση) de 1974. Une part importante des nouveaux groupes de presse fondés après la junte a été organisée soit par des familles d’armateurs, soit par des capitaux du secteur de la construction. Le secteur s’est structuré en même temps que le système politique bipolaire, et tout au long des années 1980 et 1990, les publications proches de la Nouvelle Démocratie et celles proches du PASOK ont porté l’agenda politique sur deux voies parallèles.

La deuxième rupture a été la légalisation de la télévision privée par la loi n° 1866 adoptée en 1989. Jusqu’alors, seul le radiodiffuseur public ERT émettait. Peu après l’adoption de la loi, Mega Channel et Antenna ont été créées. Au cours des mêmes années a éclaté le scandale Georges Koskotas. Le réseau financier de Koskotas, qui s’était hissé jusqu’à la présidence de la Banque de Grèce et dont les activités étaient imbriquées à la fois avec le PASOK et avec le pouvoir médiatique, est alors devenu visible. C’est précisément avec ce scandale que la notion de diaploki s’est installée dans le vocabulaire politique grec.

La troisième rupture est la crise de la dette de 2010. L’effondrement du marché publicitaire, la division par deux des tirages et la tutelle de la troïka ont conduit de nombreux grands groupes de presse à la faillite. Des institutions historiques, au premier rang desquelles le groupe Lambrakis (DOL) et le groupe Pegasus (Bobolas), ont changé de mains. Une nouvelle génération de milliardaires est entrée dans le secteur. Pourtant, ces changements de propriétaire n’ont pas débouché sur une pluralisation ; il en est résulté une consolidation qui s’est achevée par le regroupement d’un plus grand nombre de médias entre un plus petit nombre de mains. La période postérieure à 2010 peut être considérée comme les quinze années au cours desquelles la presse grecque est passée à un nouvel ordre oligarchique.

Les grands quotidiens

Quatre grandes structures se distinguent dans la presse grecque. La première est Kathimerini (Καθημερινή), en français « Le Quotidien ». Fondé en 1919 par Georgios Vlachos, le journal est la plus ancienne publication continue de l’histoire de la presse grecque. Il appartient aujourd’hui à la famille Alafouzos. La totalité du capital de la société appartient à Themistoklis Alafouzos. La famille exploite également Skai TV et la radio Skai 100.3. Kathimerini suit une ligne libérale-conservatrice, est pro-européen et généralement en phase avec la Nouvelle Démocratie. L’édition anglaise du journal, ekathimerini.com, est la principale porte d’entrée de l’information grecque vers l’étranger. Son éditorialiste en chef Alexis Papahelas compte parmi les voix influentes de l’opinion publique du pays.

La deuxième est le duo formé par Ta Nea (Τα Νέα) et To Vima (Το Βήμα), en français « Les Nouvelles » et « La Tribune ». Ces journaux étaient historiquement considérés comme des publications de la mouvance du PASOK. To Vima, fondé en 1922, et Ta Nea, fondé en 1931, ont constitué pendant des décennies l’épine dorsale du groupe DOL appartenant à la famille Lambrakis. En 2017, le groupe DOL a été racheté par Alter Ego Media, contrôlé par l’armateur et président du club de l’Olympiakos Evangelos Marinakis. À la suite de ce rachat, la ligne des deux journaux a nettement glissé vers un ton proche du gouvernement Mitsotakis. Toutefois, To Vima publie de temps à autre des articles critiques qui dérangent le gouvernement, et la stratégie de Marinakis consistant à réunir des voix opposées au sein d’une même holding devient visible dans cette publication.

La troisième est Proto Thema (Πρώτο Θέμα), leader du marché tabloïd, en français « Premier Sujet ». Paraissant le dimanche sous l’actionnariat conjoint d’Anastasiadis et de Karamitsos, il est la publication hebdomadaire la plus vendue du pays. Il est connu pour son journalisme sensationnaliste, ses unes à caractère people et sa ligne proche du gouvernement. Bien qu’il ne soit pas techniquement un quotidien, son influence dépasse celle de nombreux quotidiens.

La quatrième est Ethnos (Έθνος), en français « La Nation ». Publié pendant de longues années par le groupe Pegasus de la famille Bobolas, le journal est passé en 2017 entre les mains d’Ivan Savvidis, homme d’affaires d’origine russe naturalisé grec. Savvidis est également propriétaire du club de football du PAOK Thessalonique et de la société de tabac SEKAP.

En dehors de ces quatre structures, Eleftheros Typos (Ελεύθερος Τύπος), en français « La Presse libre », occupe le centre droit. Fondé en 1983, le journal est aujourd’hui contrôlé par la famille Vasilakis. Dimokratia (Δημοκρατία), connu pour son ton nationaliste et son opposition virulente au gouvernement, a commencé à paraître en 2010, mais la baisse de son tirage et ses difficultés financières l’ont progressivement marginalisé ces dernières années ; une part importante des quotidiens à faible tirage a connu une contraction similaire dans la période post-crise. L’ancien journal de gauche Eleftherotypia a fermé en 2014, et une grande partie de son équipe a ensuite fondé Efsyn. Les journaux sportifs Sportday, Goal News et Fos ton Sport paraissent comme un prolongement de la rivalité entre clubs de football. Dans le domaine économique, Naftemporiki conserve son statut de journal de référence.

Sur le plan financier, le tableau est fragile. Le tirage des quotidiens a chuté de plus de soixante-dix pour cent au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, même le quotidien le plus vendu ne parvient pas à dépasser cinquante mille exemplaires. Cette fragilité rend les journaux dépendants soit de riches patrons, soit de la publicité publique. C’est précisément cette dépendance contrainte qui constitue la source fondamentale de la fragilité structurelle du secteur.

Télévision et radio

La télévision occupe dans la consommation d’information de la société grecque une place qui dépasse de loin celle de la presse écrite. Le radiodiffuseur public ERT (Ελληνική Ραδιοφωνία Τηλεόραση), en français « Radiotélévision hellénique », exploite trois grandes chaînes nationales. ERT1 est la chaîne phare, à dominante généraliste. ERT2 Sport est consacrée au sport. ERT3, basée à Thessalonique, diffuse à destination de la Grèce du Nord. S’y ajoutent ERT News, qui diffuse de l’information sept jours sur sept, et ERT World, destinée au public international. L’histoire récente de l’institution illustre bien le poids de l’ingérence politique. Le 11 juin 2013, le gouvernement Samaras a fermé ERT du jour au lendemain par décret ; plus de deux mille salariés se sont retrouvés au chômage et les écrans sont devenus noirs. Cette décision constitue une mesure sans précédent dans l’histoire de l’audiovisuel public européen et a suscité une vive condamnation de l’Union européenne de radio-télévision (UER). Le gouvernement d’Alexis Tsipras a rouvert ERT en 2015. Lorsque Mitsotakis est arrivé au pouvoir en 2019, la direction de l’institution a été confiée à Konstantinos Zoulas, ancien conseiller de presse du Premier ministre. Cette nomination a été critiquée, et un rapprochement de la ligne éditoriale d’ERT avec le gouvernement a été observé.

Du côté du secteur privé, le gouvernement Tsipras a tenté en 2016 de réduire à quatre le nombre de licences nationales de diffusion privées, mais la Cour constitutionnelle a annulé ce dispositif. Lors d’un nouvel appel d’offres organisé en 2018, six licences nationales de diffusion ont été attribuées. Les titulaires de licence sont les suivants. Skai TV (ΣΚΑΪ) appartient à la famille Alafouzos. Mega Channel (Μέγκα), en français « Grand », est rattachée à la holding Alter Ego Media de Marinakis. Antenna (ANT1) appartient à la famille Kyriakou et a la particularité d’être la première chaîne privée, créée en 1989. Star Channel et Alpha TV sont contrôlées par la famille Vardinoyannis ; le poids commercial de la famille provient de la compagnie pétrolière Motor Oil Hellas. Open TV (Open Beyond) est entre les mains de Savvidis. En dehors de celles-ci, Action 24, qui relève d’un type de licence différent, diffuse à l’échelle nationale, tandis que Vouli TV (Βουλή Τηλεόραση), qui dépend du Parlement, retransmet les séances parlementaires et des programmes culturels. Des dizaines de chaînes de sport, de cinéma et de séries sont proposées par abonnement sur les plateformes Cosmote TV et Nova.

Un examen attentif du tableau montre que, sur les six chaînes privées titulaires d’une licence nationale, deux sont entre les mains de familles d’armateurs (Alafouzos, Marinakis), deux entre celles d’un groupe énergétique et pétrolier (Vardinoyannis) et une entre celles d’un homme d’affaires d’origine russe (Savvidis). La dernière, ANT1, est dirigée par la famille Kyriakou. Les patrons, soucieux de leurs branches d’activité extérieures au secteur, attendent que l’agenda de l’information se façonne de manière à ne pas heurter leurs intérêts commerciaux. L’approche de Skai TV dans les débats sur la fiscalité des armateurs, le ton de Mega dans ses informations sur l’Olympiakos et le regard de Star sur les affaires environnementales liées à Motor Oil sont des indicateurs concrets de ce mécanisme.

Côté radio, on peut citer trois grands réseaux. Skai 100.3 est la station qui détient la plus forte part d’audience à Athènes. Real FM, sous la direction de Pavlos Tsimas, se distingue comme une autre station populaire de ligne centriste. Athens 9.84 est une station publique rattachée à la municipalité. Neuf stations de radio nationales fonctionnent au sein d’ERT. À Athènes et à Thessalonique, la radio, principale source d’information pendant les embouteillages du matin, touche un public plus large que la presse écrite.

L’écosystème numérique

À mesure que la presse écrite s’est réduite, la consommation d’information s’est largement déplacée vers les portails en ligne. Les sites web des journaux traditionnels (kathimerini.gr, tovima.gr, tanea.gr, protothema.gr) figurent parmi les publications à fort trafic. S’y sont ajoutés des médias purement numériques. Newsit.gr, iefimerida.gr et news247.gr ont été regroupés sous la holding 24Media du groupe Marinakis. Cette consolidation a étendu au domaine numérique l’influence dont Marinakis dispose dans la presse imprimée. Le portail in.gr appartient lui aussi à la même holding ; avec plus d’un million de visiteurs uniques par jour, il figure parmi les sites d’information les plus fréquentés du pays.

Du côté indépendant se trouvent des structures plus modestes. Solomon est une structure à but non lucratif qui pratique un journalisme approfondi sur les questions de migration et de minorités. Inside Story se distingue comme un portail de journalisme d’investigation financé par abonnement. iMEdD (incubator for Media Education and Development), laboratoire de journalisme financé par la Fondation Stavros Niarchos, produit des projets de journalisme d’investigation et de données. Ces petites structures portent une part importante du journalisme de qualité dans la presse grecque, mais restent éloignées d’un impact de masse.

La presse de gauche et alternative

Sur l’autre aile de la presse grecque se trouve une écologie différente. La première publication est Efimerida ton Syntakton (Εφημερίδα των Συντακτών), Efsyn en abrégé, en français « Le Journal des rédacteurs ». Elle a été fondée en 2012 selon un modèle coopératif par les salariés du journal Eleftherotypia, qui avait fermé pendant la crise. Le journal n’a pas de patron propriétaire, et tous les salariés percevaient au départ le même salaire. Le rédacteur en chef Nikolas Voulelis n’a perçu aucun salaire pendant dix ans. Cet exemple institutionnel occupe une place singulière dans l’histoire de la presse grecque. Efsyn suit aujourd’hui une ligne de centre gauche et signe, dans ses dossiers d’investigation, des articles plus approfondis que ceux des médias grand public.

La deuxième est Avgi (Αυγή), en français « L’Aube ». Le journal a été fondé en 1952. Il a longtemps paru sous la direction éditoriale de figures de gauche comme Manolis Glezos. Depuis la période où SYRIZA s’est positionné sous le toit du bloc de gauche, il fait office de publication du parti. Son tirage est faible, mais il conserve son statut de source principale pour suivre les débats internes de SYRIZA.

La troisième est Rizospastis (Ριζοσπάστης), en français « Le Radical ». Le journal a été fondé en 1916. Il est l’organe central du Parti communiste de Grèce (KKE). Il est considéré comme la plus ancienne publication du pays. Il a maintenu sans interruption la ligne du parti, y compris pendant les années de la guerre civile. C’est l’un des rares journaux de partis communistes en Europe à avoir pu paraître sans interruption aussi longtemps.

La quatrième est l’hebdomadaire Documento. Fait intéressant, son propriétaire est là encore Marinakis. Toutefois, contrairement aux autres publications de Marinakis, Documento met l’accent sur le journalisme d’investigation et les informations critiques à l’égard du gouvernement. Cette contradiction est l’un des schémas distinctifs des médias grecs. Une même holding publie à la fois un quotidien proche du gouvernement (Ta Nea) et un hebdomadaire proche de la ligne de l’opposition principale (Documento), ce qui permet d’exercer l’influence médiatique en parallèle dans des directions différentes.

Concentration de la propriété et diaploki

Si l’on résume le tableau ci-dessus, la structure des médias grecs devient claire. Trois ou quatre familles contrôlent une part importante de la presse écrite et audiovisuelle. La famille Alafouzos dirige des activités d’armement maritime, le club de football du Panathinaïkos et la holding Skai-Kathimerini ; la famille Marinakis, l’armement maritime, le club de football de l’Olympiakos et l’éventail Mega-Ta Nea-To Vima-Documento ; la famille Vardinoyannis, le pétrole, le transport maritime et le duo télévisuel Star-Alpha ; la famille Savvidis, le club du PAOK, le tabac et la structure Ethnos-Open TV. Ce cercle restreint de holdings est présent non seulement dans le domaine des médias, mais aussi dans tous les secteurs imbriqués avec l’État, tels que les marchés publics, les postes-frontières douaniers, l’exploitation portuaire et les projets énergétiques.

L’indicateur concret de ce chevauchement est le monopole de la distribution de la presse. La société Argos, qui distribue la quasi-totalité des grands journaux et magazines du pays, est détenue conjointement par Marinakis et d’autres grands éditeurs. La Commission européenne et la Commission hellénique de la concurrence examinent les allégations selon lesquelles Argos entraverait systématiquement les publications concurrentes. Certaines publications comme Kathimerini, Documento et Proto Thema ne sont pas incluses dans les bulletins officiels d’Argos, ce qui permet de présenter leurs tirages comme plus faibles qu’ils ne le sont. La dépendance à l’égard d’un canal de distribution unique rend difficile pour les petites publications de trouver une place dans les rayons.

Le deuxième indicateur de la logique de la diaploki est la répartition de la publicité publique. Le budget annuel de publicité et d’annonces de l’État est attribué de manière disproportionnée aux publications proches du gouvernement. Cette pratique est devenue visible pendant la période du Covid-19 et a commencé à être désignée par les organisations de défense de la liberté de la presse sous le nom de Lista Petsa (liste Petsas). Le nom de la liste vient de Stelios Petsas, alors porte-parole du gouvernement. Les critiques affirment que le budget a été réparti en fonction du degré de loyauté envers le gouvernement. La part des publications indépendantes et critiques dans ce budget de plus de 20 millions d’euros est restée très limitée.

Le troisième mécanisme est le contrôle de l’État sur la réglementation de la propriété des médias et des licences de diffusion. Bien que le Conseil national grec de la radio et de la télévision (ESR) ait été conçu comme une institution indépendante, sa composition politique est façonnée par les propositions du gouvernement. Cette structure entretient en permanence les allégations selon lesquelles les licences nationales de diffusion sont attribuées à des diffuseurs bienveillants envers le gouvernement.

L’aspect souvent négligé de l’ordre de la diaploki est l’emprise inverse de l’État sur les patrons de presse. Les crédits se chiffrant en milliards d’euros que les familles d’armateurs, les entreprises de construction et les holdings de la distribution ont obtenus auprès d’établissements dépendant du soutien de l’État, tels que la Piraeus Bank, l’Alpha Bank et la Banque nationale de Grèce, ont fait l’objet de négociations de restructuration permanentes dans la période post-crise. Les conditions de remboursement de ces crédits, les demandes de réduction des taux d’intérêt et les procédures d’évaluation des garanties sont en grande partie entre les mains du gouvernement. De même, les contrôles fiscaux menés par l’intermédiaire de l’Autorité indépendante des recettes publiques (AADE), le renouvellement des licences de diffusion et la prolongation des concessions portuaires et d’infrastructures sont autant de mécanismes de réglage dont l’État dispose à l’égard des patrons de presse. La diaploki n’est donc pas une domination oligarchique à sens unique, mais un système de dépendance mutuelle et de chantage implicite entre l’État et le capital médiatique. Tandis que les patrons ajustent le cadrage de l’information en faveur du gouvernement, le gouvernement maintient lui aussi les patrons dans le rang au moyen de leviers financiers et bureaucratiques. Le système fonctionne sur cet équilibre symbiotique, et lorsque le pouvoir de l’une des parties s’affaiblit relativement, l’autre partie produit des interventions correctrices.

Influence étrangère et front géopolitique

Lire le paysage médiatique grec à travers les seuls oligarques nationaux reste insuffisant. Le secteur constitue aussi le front médiatique de la lutte d’influence que se livrent les grandes puissances en Grèce. L’axe Skai-Kathimerini de la famille Alafouzos s’inscrit résolument dans un alignement atlantiste et européen. La ligne éditoriale de Kathimerini évolue en parallèle avec le cadre de l’OTAN, le partenariat stratégique américano-grec et l’agenda énergétique et sécuritaire de l’UE. Dans les débats de politique étrangère, ce bloc adopte comme point de référence naturel l’infrastructure des bases américaines, les investissements de l’OTAN et les coopérations atlantiques en matière de renseignement.

Au pôle opposé se trouve la structure Ethnos-Open TV d’Ivan Savvidis. Bien qu’il ait obtenu la nationalité grecque, Savvidis est considéré comme l’un des instruments d’influence de la Russie à l’égard de la Grèce, en particulier par le biais de la Grèce du Nord et des Balkans occidentaux. En 2018, il a fait parler de lui en raison d’allégations selon lesquelles il aurait soutenu les manifestations organisées à Thessalonique contre l’accord de Prespa ; le gouvernement grec a protesté auprès de la Russie et des diplomates russes ont été expulsés. La ligne éditoriale d’Open TV et d’Ethnos se distingue fréquemment par des informations qui adoucissent la position de la Russie sur la guerre en Ukraine, des analyses qui remettent en question les initiatives américaines en Méditerranée orientale et des cadrages qui interrogent le coût de l’élargissement de l’OTAN pour la Grèce.

Les positions antagonistes de ces deux blocs sont apparues de la manière la plus visible, sur un dossier concret de politique étrangère, dans les débats sur l’extension du port d’Alexandroupolis (Dedeağaç) en tant que base logistique militaire américaine. La ligne Skai-Kathimerini a présenté l’extension du port comme un gain stratégique pour la Grèce et a mis en avant les investissements de défense et les exercices militaires conjoints américano-grecs. Les publications de l’entourage de Savvidis ont en revanche lu ce même processus sous l’angle de l’atteinte au commerce avec la Russie, de la concentration de forces de l’OTAN en direction de la mer Noire et de la déstabilisation régionale. Les structures médiatiques à dominante énergétique de la famille Vardinoyannis ont suivi une ligne pragmatique, adoptant un langage mesuré tenant compte à la fois des intérêts du secteur pétrolier et des politiques de transition énergétique de l’UE.

En définitive, la propriété des médias en Grèce est le miroir non seulement des fortunes familiales, mais aussi des systèmes de représentation locale des blocs de puissance mondiaux. La concurrence au sein de la diaploki est, d’un côté, une concurrence pour les marchés publics entre armateurs et capital du bâtiment, et de l’autre, la lutte d’alignement régional entre les États-Unis et la Russie. Le cadrage que l’opinion publique grecque voit dans l’agenda de politique étrangère n’est pas seulement un choix éditorial, mais une résultante produite par cette concurrence.

La crise de la liberté de la presse

Les problèmes structurels évoqués ci-dessus ont été portés à l’agenda international après 2021 par trois événements successifs.

Le premier est le scandale Predator. En septembre 2022, il a été établi que le téléphone portable du dirigeant du PASOK Nikos Androulakis avait été mis sur écoute un an et demi plus tôt au moyen d’un logiciel espion commercial appelé Predator. Au cours des semaines suivantes, il a été établi que les téléphones de plus de treize personnes, parmi lesquelles le journaliste d’investigation Thanasis Koukakis, le journaliste économique Stavros Malichudis, des reporters de Documento, un correspondant de CNN Grèce ainsi que le chef d’état-major général, avaient été ciblés par le même logiciel. Le directeur du Service national de renseignement (EYP), Panagiotis Kontoleon, a démissionné, et Grigoris Dimitriadis, parent au premier degré de Mitsotakis et secrétaire général des services du Premier ministre, a également quitté ses fonctions. Le scandale a conduit à la création de la commission PEGA au Parlement européen et est entré dans les annales comme le plus grand cas d’écoute de journalistes de l’histoire de l’UE. En 2024, la Cour suprême grecque a jugé que l’EYP n’était pas lié au scandale, mais le véritable poids du dossier se situe ailleurs. Le service de renseignement d’un pays membre de l’UE a pu mettre des journalistes sur écoute de manière systématique, sans qu’aucun processus effectif de reddition de comptes puisse être mis en œuvre. Le dossier Predator est la preuve concrète que l’ordre de la diaploki fonctionne non seulement par l’argent et les marchés publics, mais aussi directement par des appareils de renseignement et de chantage.

Le deuxième concerne les procédures SLAPP. Connue sous l’acronyme de Strategic Lawsuit Against Public Participation, cette tactique juridique consiste, pour de grandes entreprises ou des personnes proches du pouvoir, à intenter des procès en diffamation coûteux contre de petites publications et des journalistes indépendants. Il n’est pas attendu que le procès soit gagné. Le but est d’user le journaliste, de l’accabler de frais de justice et de dissuader la production d’informations. Une modification législative adoptée en 2023 a accru le risque pour les journalistes d’être condamnés à des peines de prison pour diffamation. Un journaliste a été condamné en vertu du code pénal pour diffusion de fausses nouvelles sans qu’aucune preuve concrète ait été présentée. En outre, selon Politico, une société de communication liée à la Nouvelle Démocratie, appelée Blue Skies, est accusée d’avoir mené des campagnes de propagande occultes en faveur du gouvernement.

Le troisième est la question de la sécurité physique des journalistes. Les rapports de RSF documentent que la police exerce régulièrement des violences contre les journalistes qui couvrent les manifestations, que les reporters qui couvrent la crise des réfugiés sur les îles grecques se heurtent à des interdictions arbitraires, et que des agressions physiques contre des journalistes ont lieu lors de rencontres sportives et devant leur domicile. Les femmes journalistes sont en outre confrontées à un climat généralisé de harcèlement sexiste. La confiance du public dans les médias est l’une des plus faibles d’Europe.

La dimension turque

La manière dont la presse grecque traite la Turquie n’est pas uniforme, mais la tendance dominante est remarquablement stable. ekathimerini, l’édition anglaise de Kathimerini, suit sur les sujets relatifs à la Turquie le cadrage de la presse anglo-saxonne et s’efforce de tenir un langage relativement équilibré ; les analyses de son éditorialiste en chef Alexis Papahelas, tout en évoluant parallèlement aux thèses officielles d’Athènes, constituent un point de référence important sur le plan du contenu technique. Des publications comme Ta Nea, To Vima, Ethnos et Eleftheros Typos construisent en revanche l’agenda de politique étrangère en grande partie autour d’un discours de menace centré sur la Turquie. Les racines historiques de ce langage remontent au discours politique du PASOK d’Andréas Papandréou dans la période qui a suivi l’intervention de 1974 à Chypre. La permanence de ce discours n’est pas seulement un choix idéologique, mais une ligne éditoriale institutionnalisée au fil des décennies selon les attentes du lectorat.

Le traitement de l’actualité turque dans la presse grecque se regroupe autour de quelques thèmes précis. Le premier est le dossier des zones de juridiction maritime et de la Méditerranée orientale. Tandis que Kathimerini et Naftemporiki évoluent dans un cadre technico-juridique, l’aile tabloïd adopte un langage centré sur l’événement et fait sa une des face-à-face entre navires de guerre. Le deuxième est la question chypriote. Sur ce thème, toutes les publications suivent une ligne parallèle au discours de la Grèce et de l’administration chypriote grecque, et la voix de la partie chypriote turque n’est quasiment pas relayée dans les médias grand public. Le troisième concerne la migration et les frontières en mer Égée. Les publications conservatrices s’en tiennent étroitement au cadrage de l’instrumentalisation de la migration par la Turquie, tandis que les publications de gauche et alternatives interrogent le coût, en vies de demandeurs d’asile, de la sécurité côtière grecque. Le quatrième est le dossier de l’armement et de l’équilibre militaire. Les acquisitions de Mirage, de Rafale et de F-35 ainsi que la rivalité en matière de drones et de drones armés sont traitées de manière approfondie, et le développement de l’industrie de défense turque est présenté sous l’angle de la menace.

Lorsqu’il s’agit de l’aile tabloïd, le langage se durcit. Pendant les crises en Méditerranée orientale, Proto Thema a construit ses unes autour d’expressions antiturques en gros caractères et a relaté de manière sensationnaliste les face-à-face entre navires de guerre ; il est aujourd’hui le principal vecteur du discours dur à l’égard de la Turquie au sein de l’aile tabloïd. En 2020, Dimokratia a provoqué une crise diplomatique dans les relations gréco-turques avec une couverture visant le président Erdoğan ; bien que le journal soit aujourd’hui financièrement affaibli, on s’en souvient comme d’une référence symbolique de cette époque. Eleftheros Typos perpétue lui aussi un langage similaire, et, en particulier en période électorale, le durcissement centré sur la Turquie devient nettement plus prononcé dans l’ensemble de l’aile tabloïd. Dans la politique intérieure, ce type de publications mobilise largement non seulement la base de droite, mais aussi les segments les plus hostiles à la Turquie.

Dimokratia, 21 mai 2026. Entretien signé par Giorgos Charvalias avec l’analyste géopolitique israélien Shai Gal, intitulé « La Turquie est le nouvel Iran ». Le discours tissé autour de l’alliance trilatérale Israël-Grèce-Chypre, d’Erdoğan et de la présence turque à Chypre du Nord, dernier exemple en date de la ligne éditoriale pro-israélienne que le journal maintient malgré sa contraction financière.
Dimokratia, 21 mai 2026. Entretien signé par Giorgos Charvalias avec l’analyste géopolitique israélien Shai Gal, intitulé « La Turquie est le nouvel Iran ». Le discours tissé autour de l’alliance trilatérale Israël-Grèce-Chypre, d’Erdoğan et de la présence turque à Chypre du Nord, dernier exemple en date de la ligne éditoriale pro-israélienne que le journal maintient malgré sa contraction financière.

Malgré la fragilité financière de Dimokratia, une autre attitude du journal a retenu l’attention ces dernières années, à savoir sa ligne éditoriale pro-israélienne de plus en plus marquée et la tribune croissante qu’il offre aux analystes israéliens hostiles à la Turquie. L’entretien intitulé « La Turquie est le nouvel Iran », réalisé avec l’analyste géopolitique israélien Shai Gal et signé par Giorgos Charvalias dans le numéro du 21 mai 2026, compte parmi les derniers exemples marquants de cette ligne, au regard des schémas discursifs relatifs à l’alliance trilatérale Israël-Grèce-Chypre, au ciblage d’Erdoğan et à la présence turque à Chypre du Nord. Bien que le tirage du journal ait baissé, ce type d’entretiens est cité par la presse étrangère et façonne de manière disproportionnée l’atmosphère discursive dans le triangle Grèce-Israël-Turquie.

Du côté de la presse de gauche, le tableau est plus complexe. Rizospastis, l’organe de la mouvance du KKE, appréhende la Turquie avant tout dans le cadre de l’OTAN et la traite comme une partie de l’ordre impérialiste, lisant les tensions entre les deux pays selon la logique d’un jeu des grandes puissances. Avgi, l’organe de la mouvance de SYRIZA, a soutenu la politique turque pragmatique de Tsipras pendant la période 2015-2019, puis a adopté un langage ambigu par la suite. Efsyn, de la gauche indépendante, couvre régulièrement les voix dissidentes de Turquie et les questions de minorités, et se distingue comme la publication qui assure le suivi le plus approfondi de ce sujet dans la presse grecque. De petites structures numériques comme Solomon et Inside Story traitent elles aussi les questions migratoires sur l’axe Turquie-Grèce sur un ton différent de celui des médias grand public, et produisent des citations de journalistes turcs ainsi que des travaux d’information communs.

La période de détente diplomatique amorcée après 2023 s’est reflétée de différentes manières dans la presse grecque. À la suite des rencontres Mitsotakis-Erdoğan, un langage relativement mesuré s’est affirmé dans Kathimerini et Ta Nea, et les opportunités d’investissement commun ainsi que les chiffres du tourisme réciproque ont été intégrés à la structure des articles. L’aile tabloïd, bien que prudente, maintient quant à elle le cadre de la menace centré sur la Turquie. Le schéma général est le suivant. Les périodes d’ouverture diplomatique produisent des détentes de courte durée, mais la ligne éditoriale principale reste inchangée. Le fait que les sondages d’opinion grecs désignent régulièrement la Turquie comme la première source de menace rend difficile l’évolution de cette ligne.

La question de l’asymétrie est également importante. La place accordée à la Grèce dans les médias turcs est bien inférieure à celle accordée à la Turquie dans les médias grecs. Alors que la Turquie n’a pas d’agenda permanent centré sur la Grèce dans son actualité de politique étrangère, la Turquie est, pour la Grèce, au centre de l’actualité de politique étrangère. Cette asymétrie découle non seulement de la différence de taille géographique et de population, mais aussi du fait que le discours identitaire grec s’est historiquement construit sur l’hostilité envers la Turquie. Très peu d’éditorialistes grecs connaissent la politique turque de l’intérieur, tandis que les chercheurs turcs spécialistes de la presse suivent en moyenne l’actualité grecque avec une expertise plus élevée.

Une autre fonction du discours sur la Turquie dans la presse grecque est de servir d’outil de diversion lors des crises intérieures. Lorsqu’on observe attentivement la catastrophe ferroviaire de Tempé en février 2023, les grands incendies de forêt de l’été 2024, les semaines où la pression de l’opinion publique liée au scandale Predator a atteint son paroxysme ou les périodes où le gouvernement s’est trouvé acculé en matière de politique sociale, on constate que les unes glissent, avec un léger décalage, vers une crise de Navtex en mer Égée, des mouvements de demandeurs d’asile à la frontière de l’Évros, les relevés de vol des flottes de drones armés turcs ou des informations sur des recherches sismiques en Méditerranée orientale. Ces pivots sont loin d’être fortuits. Dans l’engrenage de la diaploki, le discours sur la Turquie fonctionne comme un bouton d’urgence pour le gouvernement et, pour les chaînes des oligarques, comme un sujet de une sûr qui détourne l’attention des problèmes intérieurs. C’est pourquoi la Turquie n’est pas seulement, dans la presse grecque, un autre historique ou une menace structurelle ; elle est une grenade fumigène tactique que l’on garde à portée de main au besoin, un outil de gestion de l’agenda doté d’une valeur d’usage. Cette fonctionnalité est aussi l’une des explications de la lenteur de la détente gréco-turque sur le front médiatique, car la perte de fonction de cet outil signifierait la fermeture d’un important canal de contrôle dont dispose le système.

Les problèmes structurels de la presse grecque concernent aussi directement la Turquie. Dans l’ordre de la diaploki, les publications détenues par des familles d’armateurs abordent la question des zones de juridiction maritime avec un regard attentif à leurs intérêts commerciaux. La ligne éditoriale des holdings de patrons issus de l’armement, comme Alafouzos et Marinakis, détermine durablement la présentation médiatique des thèses grecques dans le dossier de la Méditerranée orientale. Cela montre, d’une part, que l’intérêt commercial se transforme en discours stratégique et, d’autre part, que le discours stratégique repose sur un réseau commercial. Du point de vue des études turques sur la presse, examiner le cadrage de la Turquie par les médias grecs relève, au-delà du simple suivi des contenus d’information, de la compréhension de qui construit ce cadrage et pourquoi.

Un examen attentif de cette équation montre que la relation n’est pas à sens unique et que les intérêts du capital peuvent parfois freiner le discours maximaliste de l’État. Le test le plus critique à cet égard est la question de l’extension des eaux territoriales de 6 à 12 milles. Sur le papier, une décision sur les 12 milles procurerait de sérieux avantages au secteur maritime grec ; les principaux en seraient le monopole du transport inter-îles découlant du passage sous souveraineté grecque des routes de transit critiques de la mer Égée, les revenus du pilotage obligatoire et du remorquage dans des couloirs rétrécis, le contrôle logistique des projets énergétiques offshore et de recherche sismique allant de pair avec l’extension physique des revendications sur la zone économique exclusive et le plateau continental, ainsi que l’application absolue d’une juridiction grecque élargie.

Or, la véritable richesse des grands armateurs grecs ne provient pas du transport intra-égéen, mais du commerce transocéanique et du commerce de transit entre la mer Noire et la Méditerranée. Dans l’hypothèse où la Turquie traiterait une déclaration des 12 milles comme un casus belli, la désignation de la mer Égée comme zone à haut risque par des autorités de l’assurance comme le Joint War Committee, basé à Londres, ferait grimper à des niveaux astronomiques les primes d’assurance risques de guerre et corps de navire, pourrait immobiliser opérationnellement les navires grecs en mer Noire et pourrait orienter les affréteurs internationaux vers des concurrents asiatiques ou européens. En raison de ce calcul structurel, l’approche des publications liées aux armateurs sur la question des 12 milles tend à se démarquer du discours maximaliste de l’État ; des lignes éditoriales prudentes mettant l’accent sur des conditions telles que le calendrier de la décision, la maturation du contexte international et la solidité du soutien des alliés apparaissent comme le trait distinctif de ces publications. Dans cet exemple, la diaploki apparaît non pas comme un mécanisme de production de discours à sens unique, mais comme un système d’équilibre à double sens dans lequel le calcul des coûts mondiaux du capital peut freiner les initiatives maximalistes de l’État.

Conclusion

À première vue, la presse grecque offre une image vivante et plurielle. Structurellement, elle se trouve pourtant dans une position extrêmement fragile. Trois ou quatre familles détiennent une part importante de la presse écrite et audiovisuelle, les patrons de presse que l’État oriente au moyen des leviers du crédit et du contrôle ajustent les cadrages de l’information en faveur du gouvernement, les holdings qui font office de représentants locaux des blocs de puissance mondiaux déterminent l’agenda de politique étrangère, les tirages baissent, et le déficit de reddition de comptes apparu après le scandale Predator ainsi que les procédures SLAPP continuent d’user les voix critiques. Le constat de RSF, qui place le pays à la 89e place, n’est pas une simple question de classement ; il signale un climat de la presse laissé à la traîne au sein de l’UE.

En définitive, comprendre la presse grecque est important pour la Turquie à deux égards. Premièrement, savoir comment est produit le discours d’Athènes à l’égard de la Turquie, quels groupes capitalistiques façonnent ce discours et quels journalistes sont sous pression est nécessaire du point de vue de la diplomatie régionale. Deuxièmement, pour une société qui s’interroge sur l’évolution de sa propre structure médiatique, l’exemple grec constitue un cas important. L’articulation des groupes capitalistiques à l’État par le biais de la propriété des médias n’est pas un simple problème de régulation ; elle se trouve au cœur de la question de l’équilibre démocratique. Le réalignement politique qui se produira en Grèce lors des élections de 2027 déterminera aussi en grande partie l’évolution de la structure de la presse.