
Le délai de 60 jours prévu par l’accord d’Islamabad, signé le 17 juin sous médiation pakistanaise, a expiré ces dernières semaines. Cette échéance concerne uniquement la fin du délai imparti aux négociations, plutôt que celle du cessez-le-feu. Dans ses grandes lignes, le texte prévoyait que les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord définitif en 60 jours au maximum et imposait, durant cette même période, à l’Iran d’assurer un passage gratuit et sûr aux navires de commerce, et aux États-Unis de lever le blocus naval. Autrement dit, ce qui a expiré ne correspond pas, dans l’ensemble, à la durée du cessez-le-feu, mais à l’attente d’une transformation de l’accord provisoire en un ordre durable.
L’échec de la mise en œuvre de l’accord n’a toutefois rien de surprenant. Washington a lu le texte comme un instrument de transition destiné à rétablir dans le détroit d’Ormuz la liberté de navigation qui prévalait avant le 28 février. Téhéran a, en revanche, considéré la mention de la « gestion et des services maritimes futurs » dans ce même texte comme le début d’un nouvel ordre reconnaissant son rôle sur le détroit. Une divergence d’interprétation s’est donc manifestée dès le départ. En outre, le neuvième article de l’accord prévoyait que Washington n’impose pas de nouvelles sanctions avant l’accord définitif. Le train de sanctions du 24 août a montré que les États-Unis ne considéraient plus le cadre du 17 juin, y compris cette disposition, comme une base de transition contraignante.
La nouvelle guerre de Washington
Pour les États-Unis, le centre de gravité de la guerre s’est déplacé. Lancée en février avec des objectifs tels que le démantèlement du programme nucléaire et l’effondrement du régime, l’opération s’est transformée, six mois plus tard, en une lutte pour assurer des flux réguliers par Ormuz. Les attaques directes ont cédé la place au déminage, au passage protégé par des corridors au large d’Oman et au blocus des ports iraniens.
Washington affirme ne pas être pressé de négocier et considère de fait le texte du 17 juin comme dépassé. Cela ne doit cependant pas être interprété comme la disparition complète de l’option militaire. Cela indique au contraire que les méthodes de pression et de guerre ont changé de forme. De fait, les États-Unis ont repris leurs frappes contre l’Iran dans la soirée du 1er septembre. Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a particulièrement visé les environs du détroit d’Ormuz et les régions du sud du pays.
Il est toutefois encore trop tôt pour dire si ces frappes resteront limitées, comme les précédentes, ou déboucheront sur une attaque généralisée. En rendant le détroit opérationnel sans obtenir le consentement de l’Iran, les États-Unis cherchent à éroder le principal atout de Téhéran et, au moyen de nouvelles sanctions, à aborder les prochaines négociations en position de force. Cette démarche peut être lue comme une politique de gestion de la guerre à plus faible intensité plutôt que comme une politique de paix.
Téhéran considère, pour sa part, sa survie et sa position à Ormuz comme des gains stratégiques en soi. Mais le temps joue contre lui, en raison de la situation actuelle de « ni guerre ni paix », ainsi que des lourdes destructions d’infrastructures subies durant la guerre, de l’effondrement des recettes pétrolières et de l’aggravation du coût de la vie. Cela ne signifie pas pour autant une capitulation.
Les discussions de l’Iran avec Oman témoignent de la recherche d’un dispositif répartissant le passage commercial entre les eaux iraniennes et omanaises tout en excluant les bâtiments militaires. L’avancée, en commission parlementaire iranienne, d’un projet prévoyant la facturation de services maritimes et de sécurité aux navires des « pays autorisés » constitue le volet juridique interne du même objectif. Téhéran veut non seulement pouvoir fermer le détroit, mais aussi devenir l’autorité décidant qui peut passer et à quelles conditions.
Le levier iranien n’est toutefois pas illimité. Si le corridor américain se pérennise et que les producteurs du Golfe s’y rallient, le contrôle de fait de Téhéran s’affaiblira. Tel est le dilemme de l’Iran. Maintenir le détroit fermé exerce une pression ; mais, à mesure qu’elle se prolonge, cette pression accélère aussi l’institutionnalisation d’un ordre alternatif.
Rupture et divergences dans le Golfe
Les tensions dans les relations entre le Golfe et l’Iran se sont nettement accrues ces derniers temps. La suspension par les Émirats arabes unis (EAU) de toutes les opérations commerciales et financières avec l’Iran dépasse la simple réaction politique. Les EAU étaient l’une des principales portes d’entrée des importations iraniennes et l’un des grands centres permettant à l’Iran d’accéder à des circuits de paiement sous sanctions. La fermeture de cette voie constitue une perte économique majeure pour Téhéran.
Le Golfe ne suit pourtant pas une politique unique. Tandis qu’Oman négocie avec l’Iran l’avenir du détroit, le Qatar condamne les attaques iraniennes tout en cherchant à maintenir ouvert le canal Washington-Téhéran. Ces positions peuvent paraître contradictoires, mais elles procèdent d’une préoccupation commune. Les capitales du Golfe ne veulent pas que l’Iran fasse du détroit d’Ormuz un instrument de pression. Elles savent aussi qu’elles seraient les premières à payer le prix d’une nouvelle escalade militaire.
Le fait que les pays accueillant des bases américaines aient eux aussi été visés par des missiles et des drones a érodé la confiance dans le parapluie sécuritaire de Washington. La médiation relève donc moins d’un rapprochement avec l’Iran que d’un effort visant à combler une lacune défensive par la diplomatie. Ce qui se produit correspond ainsi moins à une rupture collective avec l’Iran qu’à différentes stratégies de protection face à une même menace.
Les limites des sanctions
Le train de sanctions annoncé par les États-Unis contre l’Iran le 24 août vise les actifs numériques, la technologie, l’or, l’aviation et le transport maritime. Il inscrit sur les listes environ 60 personnes, entités et navires, et élargit la menace d’exclure du système du dollar les entreprises de pays tiers travaillant avec l’Iran.
Cette pression n’est pas négligeable dans une économie où le rial a fortement reculé face au dollar sur le marché libre et où le Fonds monétaire international (FMI), dans sa mise à jour de juillet, prévoyait pour 2026 une contraction de 5,4 % et une inflation de 68,9 %. Avec la fermeture du canal émirati en particulier, les flux d’intrants importés, de pièces détachées et de paiements deviendront encore plus difficiles pour l’Iran. Les informations parues dans la presse iranienne font d’ailleurs état d’une forte hausse des prix des pièces détachées et des coûts de main-d’œuvre.
Les dommages économiques et les concessions politiques ne sont cependant pas la même chose. Le pétrole iranien est déjà soumis à un blocus, tandis que les réseaux de contournement des sanctions s’appuient largement sur la Chine. Le succès du dispositif dépend de la capacité de Washington à contraindre Pékin et les voisins de l’Iran à l’appliquer. Ce nouveau train de sanctions sera donc éprouvé davantage par sa capacité d’application que par son ampleur. En outre, au lieu de renforcer les partisans de la négociation, la pression pourrait alimenter le discours d’encerclement à Téhéran et rendre plus vitale la recherche de recettes tirées d’Ormuz.
Israël n’a pas, pour l’instant, ouvert visiblement de nouveau front sur le théâtre iranien. Mais il n’a pas non plus renoncé à son objectif d’affaiblir durablement les capacités militaires, technologiques et économiques de l’Iran et de créer un État fragile générant une instabilité permanente. Les gains tactiques ne se sont pas transformés en changement de régime, tandis que l’érosion du soutien politique aux États-Unis a augmenté le coût de l’ouverture d’un nouveau front. Le silence actuel relève donc davantage d’un repositionnement des parties que d’une paix durable.
Dans la période à venir, l’indicateur décisif ne sera pas l’annonce de négociations, mais les règles qui régiront le passage régulier par Ormuz. Un passage soumis à l’autorisation et à la tarification iraniennes transformerait la perte militaire de Téhéran en autorité politique. La pérennisation d’un corridor américain gratuit neutraliserait ce levier. Néanmoins, la possibilité d’un conflit majeur ne peut jamais être exclue.
Cet article a été publié pour la première fois le 2 septembre 2026 par Anadolu Ajansı.