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Une nouvelle vague sur l’axe Iran-Israël : vers quoi évolue la guerre ?

Photo du rédacteur: Oral Toğa
Oral Toğa
10 juin
5 min de lecture

Bien que le premier échange de tirs de missiles observé depuis le cessez-le-feu du 8 avril entre l’Iran et les États-Unis/Israël ait fait naître l’idée que la guerre avait repris, lire cet épisode comme un rembrasement du conflit peut être trompeur. Le tableau n’est pas pour autant sans risque. Après que le Hezbollah eut tiré des roquettes sur le nord d’Israël et qu’Israël eut frappé des cibles du Hezbollah à Beyrouth, l’Iran a considéré cette attaque comme une violation d’une ligne rouge, au motif que le cessez-le-feu couvre aussi le Liban, et a répliqué par des missiles. Chaque étape est toutefois restée mesurée, la frappe a été maintenue limitée et le président américain Donald Trump a appelé les deux parties à s’arrêter dès la première heure.


Pourquoi le cessez-le-feu importe-t-il aux parties ?


Au point où l’on en est, le cessez-le-feu importe tant aux États-Unis qu’à l’Iran. Si l’Iran paraît avoir contraint son adversaire à la table en résistant dans une guerre conventionnelle, il s’efforce de maintenir à flot, sous blocus, une économie dont l’infrastructure a été largement détruite, dont les raffineries ont été frappées et dont la vie quotidienne est désorganisée. Plus la guerre dure, plus la charge s’alourdit, et l’incertitude empêche la reconstruction. La véritable épreuve de l’Iran se situe donc non au front, mais dans la gestion de la crise économique et sociale née des destructions. Car si le réseau électrique et les infrastructures pétrolières, jusqu’ici épargnés, étaient visés, le coût augmenterait dans des proportions incomparables. Pour Téhéran, un accord n’est donc pas une préférence mais une nécessité. Cela dit, à un moment où il s’estime en position avantageuse, il ne s’en approchera pas sans obtenir certains acquis.


Ce besoin ne doit pas être lu comme une capitulation. Lors des douze jours d’affrontements de juin 2025 et malgré l’élimination, le 28 février, de la majeure partie de la direction, y compris le dirigeant iranien Ali Khamenei, le système ne s’est pas effondré et le pouvoir s’est regroupé autour de Modjtaba Khamenei. Son influence sur les Gardiens de la révolution, son expérience de l’État et ses relations politiques en font une figure capable à la fois de tenir le système et, pour cette raison même, d’être considérée comme une cible critique.


Malgré la décapitation et des destructions massives, le système qui tient encore perçoit la situation actuelle comme existentielle et paraît prêt à assumer des coûts élevés. Ainsi, même s’il a besoin d’un compromis économique, Téhéran ne s’approchera pas d’un accord ayant l’apparence d’une capitulation. Le message essentiel des frappes du 7 juin va d’ailleurs dans ce sens.


La situation de Washington est elle aussi plus difficile qu’il n’y paraît. Le détroit d’Ormuz, fermé depuis la fin février, a comprimé les flux pétroliers, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a compté cet épisode parmi les plus importantes ruptures d’approvisionnement de l’histoire. La hausse des prix alimente l’inflation et menace la croissance. De plus, l’objectif réel de l’opération, le changement de régime, n’a pas été atteint, et forcer l’ouverture du détroit n’est plus une option. Washington ne peut porter indéfiniment cette charge. En bref, seul un accord peut ouvrir le détroit. Et comme c’est là la carte la plus efficace de l’Iran, Téhéran ne voudra pas l’ouvrir sans arracher des concessions et des garanties.


Les parties travaillent d’ailleurs depuis un certain temps à un tel accord. Une base d’entente est à l’ordre du jour, qui prolongerait le cessez-le-feu de soixante jours et s’organise autour de la réouverture d’Ormuz et de la baisse des prix de l’énergie. En contrepartie, l’Iran attend un assouplissement des sanctions et des ressources pour ses infrastructures détruites. Ce qui bloque réellement la négociation, cependant, c’est le programme nucléaire. Tandis que Washington insiste sur l’enrichissement zéro, Téhéran ne renonce pas à ce droit, et un compromis global se trouve reporté.


Le message de Téhéran


C’est ce qui donne son sens à la manœuvre iranienne du 7 juin. D’un seul geste, Téhéran a adressé un message à Israël comme aux États-Unis et, saisissant l’occasion de la violation de la ligne rouge qu’il avait tracée pour le Liban, a montré ce dont il serait capable en cas de retour à la guerre. Il fait ainsi savoir qu’il n’a pas laissé le Hezbollah seul et qu’il soutient le front libanais ; il impute à Israël le geste ayant vidé le cessez-le-feu de sa substance, approfondissant la fissure entre Trump et Netanyahou ; et il rappelle que si la négociation s’effondre, viendra le tour du détroit de Bab el-Mandeb. L’implication commune de ces messages est que le coût d’une guerre prolongée ne se limitera pas à l’Iran mais se répercutera sur l’économie mondiale. De fait, la réitération à la même période par les Houthis de leur menace de viser la navigation israélienne en mer Rouge donne l’impression d’une coordination, au moins au niveau des messages, au sein de l’axe iranien. Ormuz étant fermé, le seul élément qui contient les prix mondiaux est l’acheminement du pétrole saoudien par la mer Rouge. Si Bab el-Mandeb se ferme également, l’effondrement de cette ligne devient envisageable. L’Iran rappelle donc que si le blocus se poursuit, il peut élargir la guerre et démultiplier le coût.


Un cessez-le-feu durable exige le retrait israélien du Liban


Le pilier nord de l’équation est le Liban, et la question ne se limite pas au Hezbollah. Qu’Israël, avec l’opération terrestre lancée en mars, ait franchi le Litani et contrôle environ un cinquième du pays constitue la traduction sur le terrain de la doctrine des « frontières israéliennes défendables », restée des années sur le papier. L’évacuation des villages et l’empêchement du retour des habitants donnent à penser qu’il s’agit d’une occupation durable. L’Iran conditionnant le cessez-le-feu au retrait israélien, la ligne du Litani est aussi pour Téhéran un seuil critique. C’est pourquoi, même en cas d’accord sur Ormuz et sur le dossier nucléaire, le Liban restera un détonateur actif.


En définitive, l’Iran veut éviter une seconde vague américaine qui viserait les infrastructures civiles, tandis que les États-Unis veulent régler Ormuz et la question nucléaire sans rendre la guerre plus coûteuse. Cette voie n’est pourtant garantie pour aucune des deux parties. De même que l’aggravation des privations peut à un moment déclencher une grande explosion sociale, elle peut tout aussi bien consolider le régime en centralisant l’appareil de sécurité et en nourrissant le réflexe nationaliste. Les deux camps ayant besoin d’un récit de victoire, il paraît difficile de sortir de cette impasse sans donner l’image d’une défaite.


Il est en outre probable que les milieux de sécurité israéliens lisent cette fragilité comme une fenêtre d’opportunité et poursuivent sabotages et opérations d’influence même si le cessez-le-feu tient formellement. Car il n’est pas exclu qu’un Iran ayant dissuadé ses adversaires et peut-être obtenu certains acquis revienne à l’avenir aux activités qui furent le motif de la guerre. Dans la perspective israélienne, la tendance se renforce donc selon laquelle il faut non pas dissuader temporairement l’Iran, mais briser durablement ses capacités militaires, économiques et technologiques. Or ni les marchés mondiaux, ni les États-Unis, ni les pays du Golfe ne peuvent en supporter le coût. Ce tableau est de nature à nourrir la tension entre les ambitions de Netanyahou et l’étau dans lequel se trouve Trump. Car, sur le plan de la politique intérieure, Netanyahou souhaite quitter le pouvoir non comme un Premier ministre « corrompu » et « génocidaire », mais comme un dirigeant ayant « assuré la sécurité d’Israël » et « écarté la menace iranienne », attente qui entre en contradiction avec l’effort de Trump pour parvenir au plus vite à un accord.

Cet article a été publié pour la première fois le 10 juin 2026 par l’Agence Anadolu.

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