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Dynamiques sociales en Iran : situation actuelle et tendances

Photo du rédacteur: Oral Toğa
Oral Toğa
13 févr.
5 min de lecture

Le 28 décembre 2025, les manifestations à motivation économique lancées par les commerçants de Téhéran se sont étendues en peu de temps à l’ensemble du pays. La chute spectaculaire du rial, une inflation dépassant 40 pour cent et une inflation alimentaire atteignant 70 pour cent apparaissent comme les principaux déclencheurs économiques du mouvement. Si les manifestations n’ont pas rassemblé autant de participants que le Mouvement vert ou le mouvement Mahsa Amini, elles sont entrées dans les annales comme l’un des épisodes les plus violents de l’histoire iranienne contemporaine.


L’économie iranienne connaît une contraction sévère sous l’effet des sanctions de pression maximale en vigueur depuis 2018 et de l’isolement international aggravé après les affrontements israélo-iraniens de juin 2025. Le projet de budget du président Massoud Pezeshkian, qui augmente les dépenses de sécurité de 150 pour cent tout en limitant les hausses salariales aux deux cinquièmes de l’inflation, a approfondi le mécontentement d’un large éventail de la société, de la classe moyenne urbaine jusqu’à la base conservatrice traditionnelle du régime. Si l’on met de côté la présence et les provocations de groupes armés, les positions adoptées par les différentes couches sociales lors des dernières manifestations reflètent clairement la transformation en cours du socle sociologique du régime. La population de moins de 30 ans, qui constitue la dynamique la plus déterminante du mouvement, se radicalise progressivement depuis les manifestations Mahsa Amini de 2022, et la hausse du chômage des jeunes approfondit la séparation idéologique entre cette frange et l’establishment.


La position du camp conservateur


Lors des dernières manifestations, le camp conservateur s’est divisé en au moins trois sous-ensembles distincts. Le premier est l’aile ultraconservatrice proche du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Les députés entretenant des liens étroits avec le CGRI ont réagi avec la plus grande dureté aux manifestations. Ainsi, le député de Machhad et président de la commission de l’article 90 du Parlement, Nasrollah Pejmanfar, a ouvertement déclaré que l’ancien président Rohani devrait être exécuté pour sa politique d’engagement avec l’Occident. Un autre député de la ligne dure, Amir Hossein Sabeti, s’en est pris directement au gouvernement Pezeshkian en condamnant l’ouverture de négociations indirectes avec les États-Unis (tout en exemptant des pourparlers le Guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei et le système lui-même). Cette aile qualifie les manifestations de pur « projet américano-israélien » et présente toute forme de dialogue comme « une invitation à l’effondrement du régime ».


Le deuxième groupe est celui des conservateurs pragmatiques rassemblés autour de Ghalibaf. Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que « des individus malveillants et des mouvements organisés » cherchaient à transformer les revendications en chaos, tout en soulignant que les préoccupations de la population quant à sa subsistance devaient être traitées de manière responsable. Lors de sa visite au mausolée de Khomeiny, le 3 février, Ghalibaf a formulé un avertissement plus significatif : « la pierre jetée de l’extérieur » est gérable, le véritable danger étant « la destruction des rails » et « l’affaiblissement de la locomotive ». Ces mots constituent une reconnaissance implicite du fait que la menace vient d’une fracture interne, de l’érosion au sein de la structure dirigeante et d’une société qui n’obéit plus. Ghalibaf maintient dans le même temps le discours sécuritaire, affirmant qu’en cas d’attaque américaine toutes les bases américaines de la région seraient frappées. Cette double posture montre que les conservateurs pragmatiques tentent de gérer la tension entre réforme intérieure et menace extérieure.


Le troisième ensemble est celui des gardiens du système, tel Sadegh Larijani, président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime. L’approche de Larijani — « la critique est un droit de la nation, mais elle ne doit pas envoyer de signaux aux ennemis » — traduit le réflexe conservateur traditionnel consistant à reconnaître le mécontentement tout en le contenant dans le cadre sécuritaire de l’État.


La position du camp réformateur


L’élection de Pezeshkian en 2024 avait rouvert un espace aux réformateurs, mais l’incapacité à tenir ses promesses a rapidement érodé cette base. Pendant les manifestations, Pezeshkian a d’abord adopté une attitude conciliante, avant de passer, à mesure que le mouvement évoluait vers des revendications de changement de régime, à un discours dur accusant les États-Unis et Israël. Car Pezeshkian, aussi réformateur soit-il, fait en définitive partie du système. Cela dit, compte tenu de la faible influence du gouvernement sur les politiques de sécurité conduites par l’establishment, on peut estimer qu’il n’a eu presque aucune part dans la manière dont les manifestations ont été réprimées.


Fin janvier, des voix discordantes ont commencé à s’élever au sein même du camp réformateur. Un communiqué attribué à l’ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi, toujours en résidence surveillée, employait ces termes : « De combien de façons encore le peuple doit-il dire qu’il ne veut pas de ce système et qu’il ne croit pas à vos mensonges ? Cela suffit. La partie est terminée. » Moussavi a appelé les forces de sécurité à « déposer les armes et à s’écarter du chemin du pouvoir », et a demandé que cela se fasse sans intervention étrangère, par un référendum constitutionnel et une transition démocratique. Le dirigeant réformateur Mehdi Karroubi, lui-même sorti de résidence surveillée, a qualifié les morts survenues pendant les manifestations de « crime dont la langue et la plume sont impuissantes à rendre les dimensions », ajoutant que « la situation misérable de l’Iran aujourd’hui est le résultat direct des politiques intérieures et extérieures destructrices de Khamenei ».


Le 9 février, les forces de sécurité ont interpellé la présidente du Front réformateur, Azar Mansouri, l’ancien diplomate Mohsen Aminzadeh et l’ancien député Ebrahim Asgharzadeh, signataires de ce communiqué, sous l’accusation d’« organisation et direction d’activités de grande ampleur visant à perturber l’ordre politique et social du pays ». L’agence Fars, proche du CGRI, a pour sa part lié les arrestations du journaliste Mehdi Mahmoudian, du militant Abdollah Momeni et de Vida Rabbani au fait d’avoir fait sortir le communiqué de Moussavi de sa résidence surveillée.


Le mouvement réformateur est aujourd’hui tiré dans trois directions : ceux qui, dans la ligne Moussavi-Karroubi, ont relativement rompu avec le système et réclament une transition démocratique ; la frange, dont l’espace se réduit, qui garde l’espoir d’une réforme graduelle de l’intérieur du régime ; et des figures comme Hassan Rohani, qui avancent plus discrètement. Au-delà de tout cela, on peut dire qu’aux yeux des manifestants dans la rue, les réformateurs sont eux aussi perçus comme « une partie du régime ».


Une responsable réformatrice interpellée a été libérée


Selon le site Cameran, la présidente du Front réformateur, Mansouri, a été libérée sous caution.


La présidente du Front réformateur, Mansouri, avait été interpellée avec plusieurs responsables réformateurs pour « attitude contraire à la Constitution ».


Le porte-parole du Front réformateur, Javad Emam, ainsi qu’Ebrahim Asgharzadeh, également interpellés, avaient été libérés la veille.


Équilibres internes, pressions extérieures et seuil de la succession


La loyauté des forces de sécurité et la cohésion institutionnelle sont les facteurs fondamentaux qui maintiennent le régime debout. Mais l’avertissement de Ghalibaf selon lequel « la négligence et l’erreur de calcul entraîneront des coûts considérables », de même que les efforts du chef du pouvoir judiciaire Mohseni Ejei pour apaiser la base, donnent à penser que même les hauts responsables ne jugent pas la trajectoire actuelle soutenable. La répression des manifestations n’a pas fait disparaître la colère sociale ; elle l’a au contraire accumulée sous forme d’énergie contenue.


En définitive, la société iranienne traverse une période où le soutien au régime s’est érodé sans se dissoudre complètement, où l’opposition s’est étendue tout en restant désorganisée, et où la pression extérieure à la fois déclenche et complique les dynamiques sociales. Il est clair qu’un éventuel processus de succession après Khamenei est susceptible de reconfigurer non seulement les équilibres internes du régime, mais aussi les équations de puissance régionales.

Cet article a été publié pour la première fois le 13 février 2026 par l’Agence Anadolu.

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